Le projet Oneida Energy Storage n’a jamais consisté uniquement à ajouter de grandes batteries au réseau électrique de l’Ontario. Il s’agissait d’un test, celui d’une technologie, d’un modèle de financement et d’une théorie sur la manière dont les capitaux publics peuvent faire naître des marchés entiers.
Lorsque le projet de 250 mégawatts a franchi la phase de clôture financière en 2023, le stockage d’énergie à l’échelle du réseau était encore une nouveauté au Canada. Les promoteurs étaient intéressés, les services publics curieux, mais les investisseurs privés restaient méfiants. La Banque de l’infrastructure du Canada (BIC) est intervenue là où les marchés hésitaient : en prenant en charge les risques, en structurant les contrats et en démontrant que le stockage pouvait fonctionner non seulement sur le plan technique, mais aussi sur le plan financier.
Les retombées ont été plus importantes que le projet Oneida lui-même.
« Ce que nous avons appris du projet Oneida se répercute désormais sur tout ce que nous faisons », explique Ehren Cory, PDG, BIC. « Les principes sont les mêmes, même si les actifs sont différents. Nous n’essayons pas de choisir les projets gagnants. Nous essayons de supprimer les obstacles, et une fois ceux-ci levés, les marchés peuvent fonctionner comme ils le devraient. »
Au moment où la BIC s’est engagée, le projet Oneida était déjà en développement depuis des années. Ce qui lui manquait, c’était une structure de financement que les banques étaient prêtes à accepter. Le stockage d’énergie était une nouvelle classe d’actifs au Canada, avec peu de précédents en matière de contrats à long terme, de risques de construction ou d’exposition à la volatilité des prix des minéraux critiques.
Les coûts du lithium grimpaient rapidement, menaçant de faire chuter une économie fondée sur la valeur à long terme du système plutôt que sur les cycles à court terme des matières premières. La solution de la BIC a consisté à structurer un financement capable d’absorber ces fluctuations à court terme, protégeant ainsi le projet suffisamment longtemps pour que son importance stratégique l’emporte sur le bruit du marché. En mai 2023, la BIC s’est engagée à investir jusqu’à 518 millions de dollars.
Pour les promoteurs du secteur privé du projet, cet engagement a tout changé.
« L’implication de la BIC a été l’étape la plus importante pour assurer le succès du projet », explique Joseph Arcuri, chef de la direction financière, NRStor, qui a co-développé Oneida aux côtés de la Six Nations of the Grand River Development Corp. « Elle a pris en charge une grande partie du risque lié à la construction, ce qui constituait un obstacle de taille, étant donné qu’il s’agissait du premier projet de ce type. »
Une fois ce risque absorbé, les prêteurs se sont engagés. Les banques commerciales ont suivi. Les rendements sur capitaux propres sont devenus suffisamment prévisibles pour que les chiffres tiennent la route.
Aucun partenaire n’a ressenti cet impact plus directement que Six Nations of the Grand River Development Corp.
Par l’intermédiaire de sa société de développement, créée en 2015 pour renforcer l’autonomie économique sans compromettre les valeurs communautaires, Six Nations est devenue copropriétaire d’Oneida, devenant ainsi l’un des principaux investisseurs du pays dans le domaine du stockage d’énergie.
Aujourd’hui, la société détient des participations dans 28 projets d’énergie éolienne, solaire et de stockage par batterie, totalisant plus de 2,5 gigawatts de capacité.
Parmi ceux-ci figurent la centrale de Hedley, d’une puissance de 211 mégawatts, dans le comté de Haldimand, et le site de Hagersville, d’une puissance de 300 mégawatts, qui a depuis dépassé Oneida pour devenir le plus grand projet de stockage d’énergie au Canada.
« Nous sommes donc co-investisseurs dans les deux plus grands projets de stockage par batterie du pays », déclare Matt Jamieson, président et chef de la direction.
Six Nations s’est également associé à Aypa Power, soutenu par Blackstone, pour deux projets supplémentaires, financés grâce à un prêt d’environ 700 millions de dollars accordé par un consortium de huit banques mené par la CIBC.
Trois ans après la clôture financière, le stockage d’énergie est passé du statut de technologie marginale à celui de pilier central de la planification électrique en Ontario, et de plus en plus à travers le Canada.
C’était bien là l’intention.
La stratégie de la BIC n’est pas de rester une source permanente de capitaux, mais une source temporaire : intervenir tôt, modeler le risque et se retirer une fois que les marchés ont appris à l’évaluer. M. Cory décrit l’institution comme un investisseur d’impact, axé sur des infrastructures « qui, sans cela, prendraient plus de temps à se concrétiser, voire ne verraient jamais le jour ».
Le projet Oneida a abouti parce que plusieurs éléments se sont mis en place simultanément. Un contrat de capacité à long terme conclu avec la Société indépendante d’exploitation du réseau d’électricité (SIERE) de l’Ontario a assuré des revenus prévisibles. Le financement de la BIC a permis d’absorber les risques liés aux débuts de la construction et à la tarification. Ensemble, ces éléments ont créé une structure capable de soutenir un projet d’une ampleur sans précédent.
Une fois opérationnelle, l’installation a rapidement prouvé sa valeur : elle a fourni une capacité ferme, facilité l’intégration des énergies renouvelables et réduit la dépendance aux centrales à gaz de pointe sans nécessiter une refonte fondamentale des règles du marché.
« La BIC a contribué à mettre en place une structure de financement qui a fait ses preuves », explique Barbara Ellard, directrice, Adéquation des ressources et du réseau, SIERE. « Et depuis lors, nous avons vu des banques et des fonds de pension se mobiliser pour financer des projets similaires. »
Alors que la demande en électricité de la province devrait augmenter de 65 % d’ici 2050, le stockage s’est imposé comme une solution flexible permettant de faire le lien entre l’approvisionnement en énergies renouvelables et celui en énergie nucléaire. Moins d’un an après la clôture financière du projet Oneida, l’Ontario a lancé le plus grand appel d’offres en matière de stockage d’énergie de l’histoire du Canada, en passant des contrats pour une capacité d’environ quatre gigawatts.
Le même scénario se répète ailleurs. Dans le domaine des transports, la BIC a soutenu des flottes de bus zéro émission et le train de banlieue. En matière de recharge des véhicules électriques, elle a lié le remboursement aux taux d’adoption. Dans le secteur minier, son financement, en collaboration avec Exportation et développement Canada, a contribué à relancer le projet de graphite de Matawinie au Québec après le retrait des capitaux privés.
Des ports aux aéroports, le schéma se répète : des capitaux de démarrage, structurés pour tolérer le risque, déployés là où les marchés hésitent.
Les critiques prétendent que la BIC choisit les projets gagnants. La BIC n’est pas d’accord. Son rôle, dit-elle, est plus restreint, et plus difficile : il consiste à se concentrer sur des lacunes structurelles telles que l’absence de contrats ou une mauvaise évaluation des risques.
Le projet Oneida illustre clairement cette distinction. Il avait besoin de capitaux publics pour démarrer. Les projets qui ont suivi n’en avaient pas besoin.
Le projet Oneida était la validation du concept. Le marché qui a suivi en est le retour sur investissement.



